BIOGRAPHIE

Paolo Santini

le refus de s’inspirer

« J’ai l’impression que je n’y suis pour rien » : pour Paolo Santini, le mystère de la création est une réalité. Même s’il est forcément et inconsciemment nourri de la vie, de la chair, et surtout de la liberté, « principe essentiel » de ce dessinateur, peintre, sculpteur et architecte inclassable.

Si Paolo Santini parle — et avec quelle passion — , ce n’est ni de lui-même ni de son œuvre : c’est à elle de s’expliquer. On apprend tout juste que ses peintures naissent d’un mélange de laques, d’acryliques, de poudres, sur des plaques de mélaminé. On sait que ses sculptures torturées sont en fonte d’aluminium. Si on insiste beaucoup, Paolo raconte les Beaux-Arts de Turin, puis ses huit années de « décantation » à Alger, où il fait table rase d’un apprentissage trop classique ; puis les heures innombrables passées à dessiner à la Grande Chaumière à la fin des années 50 ; puis un petit appartement où, par manque de moyens, il a tout inventé — coup d’envoi de sa carrière d’architecte.

Et redit inlassablement son refus de copier, de s’inspirer, et son désir de trouver par lui-même toutes les solutions… Devant ses compositions monochromes presque visionnaires, où l’espace-temps est roi, on a la troublante impression que Paolo Santini est en connexion directe avec un univers cosmique aussi bien spirituel que réel, magma originel en fusion, à la fois originel et en devenir. Mais il ne s’en expliquera pas, bien entendu…

– Claude LIBERT, Le FIGARO – Juin 1990

1929

Naissance

Naissance le 1er avril, à Gimigliano, sur les hauts plateaux de la Scilla, en
Calabre (Italie). Enfance itinérante à travers l’Italie : Calabre, Rome, Trieste, valle d’Aosta, au gré des travaux de construction des barrages hydrauliques dont son père avait la conduite.

1940

ETUDES

La nature rebelle du jeune Paolo, sa créativité et ses dons pour les arts plastiques l’orientent tout naturellement vers l’Ecole d’art de Castellamonte, lycée artistique italien, dont il sortira diplômé, après quatre années d’études.

1945-1949

Conscience

Il poursuit ses études à l’Accademia Albertina di Belle Arti de Turin. Il partage un studio avec Emiglio Tarpino, brillant étudiant en architecture, qui l’initie au métier d’architecte.
Il prend conscience de sa vocation artistique.

1950-1957

Algérie

Il accepte la proposition d’embauche d’un oncle, entrepreneur en bâtiment à Alger. Après deux à trois mois de suivi de chantiers en haute Kabylie, il se fâche avec la femme de son oncle et, bien que ne connaissant personne et ne pratiquant pas la langue française, il fait le choix de rester.
Il obtient un premier travail à la Centrale électrique d’Alger, où il est chargé de repérer la destination des tuyaux dans l’enchevêtrement du réseau empêchait la reconnaissance. Puis, très vite, il est engagé dans différents cabinets d’architecture en tant que dessinateur-projeteur. Il collabore avec des professionnels de talent et se fait de nombreux amis parmi les Français.
Après deux retours qu’il voulait définitifs en Italie, il s’embarque en 1957 pour ne plus revenir et fait un détour par Paris, la capitale, dont on lui a tant vanter la beauté.

1957-1960

Paris

Dès son arrivée à Paris, il rencontre un ami d’Alger, André Dahan, qui l’entraîne à dessiner avec lui à la Grande Chaumière. Le virus du dessin et de la peinture le reprend immédiatement. La ville lumière l’enchante. Il se promène, visite les musées, les monuments. Il fréquente le Sélect à Montparnasse et se lie d’amitié avec des artistes.
Ses économies étant épuisées, il se lance dans la recherche d’un travail et le trouve chez l’architecte Scob, spécialisé dans l’aménagement des cinémas, puis, en 1958, chez l’architecte Aubert où il participe à la décoration du siège social de Saint-Gobain à Neuilly s/Seine. Il est remarqué à cette occasion par Jean Pascaud, décorateur et ensemblier de la période Art déco et 1940, qui l’embauche et dont il deviendra plus tard le chef d’agence.
Chaque soir, il s’entraîne à la Grande Chaumière et s’initie à l’art de la gravure à l’eau-forte et à la lithographie. Il profite de ses congés qu’il prolonge autant que ses moyens le permettent pour peindre, dessiner, graver, en Italie, dans sa famille ou chez son ami Emiglio Tarpino, architecte chez Olivetti à Ivrea.

1961

Mariage et premières réalisations

Mariage en 1961 avec une française et emménagement dans
un atelier de 24m2 de la rue Campagne Première à Montparnasse dont il dessine le mobilier et réalise l’aménagement.
Au cours des six années suivantes, en tant que chef d’agence, il contribue comme concepteur à diverses réalisations (salle de lecture du bateau France, bureau du PD.G d’Esso Standard, à la Défense, auditorium à la Préfecture de Créteil, siège social de S K.F. au Petit-Clamart, bureau des petites annonces du Figaro aux Champs-Elysées, villa à Beauvallon pour André Rousselet, ami de François Mitterand et PDG des Taxis G7.

1963

Premières expositions

En 1963, outre le dessin et la peinture qu’il continue de pratiquer, il élargit ses recherches vers les matières plastiques et aborde la sculpture.
Premières sculptures en métal soudé et en résine polyester, puis en béton.
Expositions de groupe à la Galerie Claude Bernard Heim à Paris, en 1963, « Le Portrait », puis, en 1965 « Sculptures de peintres ».

1965

Atelier

Achat aux enchères d’une chapelle désaffectée dans l’Aube où il trouve l’espace qui lui manquait pour sculpter.

1966

Artiste

La fonte d’aluminium s’avère un matériau qui lui convient pour exprimer son humanisme abrupt et sans concession au travers de figures singulières. Il refuse les mots d’ordre, se fie à son intuition, se veut autonome et à même de poursuivre en toute liberté ses recherches, tant dans le domaine du design et de l’architecture qu’en peinture, sculpture ou dessin.
Il reçoit la commande d’une sculpture monumentale du Ministère de la Culture pour l’I.N.S.A. de Rennes et entrevoit la possibilité de vivre de son art. Il remet sa démission à Jean Pascaud qui l’accepte, moyennant une prolongation de sa collaboration d’au moins six mois.

1967

TED LAPIDUS

Il répond à la demande de Louis Bachoud, un ami d’Alger, de dresser avec lui un projet de boutique Haute couture tout en métal pour Ted Lapidus, place Saint-Germain des Prés, à Paris. Le projet est accepté et sera réalisé et inauguré après les évènements de mai 1968.

1967 - Aménagement cité Véron dans le Jardin d'Hiver du Monlin Rouge - PAOLO SANTINI

Juillet 1967

JARDIN D'HIVER DU MOULIN ROUGE

il troque le studio de la rue Campagne Première contre le bail d’un atelier, ex-studio de danse, cité Véron, dans les locaux du Moulin rouge à Paris, dont il restructura complètement l’intérieur. Ses voisins immédiats sont Jacques Prévert et Ursula Vian qui se partagent la terrasse au-dessus et le studio de danse Franchetti en bas, au rez-de-chaussée.

1968

DESIGN

Édition de trois sculptures en pâte de verre par la Cristallerie Daum, les ``neutrons``.

1968 - Création du fauteuil "Coque" - PAOLO SANTINI

1968

MOBILIER

Création du fauteuil métal-coque.

1969

BUREAU D'ETUDES

Suite au succès de la boutique TED LAPIDUS, place Saint-Germain des Prés, l’affluence des demandes de projets de magasins et de centres commerciaux le conduit à monter son propre bureau d’études en association avec L. Bachoud, dans une partie de l’ancien Jardin d’hiver du Moulin rouge, espace surprenant, chargé d’histoire, de plus de 500m2, contigu à l’atelier qu’il habite désormais cité Véron.
Exposition de sculptures au Septentrion de Marcq-en-Barœul.
Présentation de son plafond modulaire à la SAD (Salon des Artistes Décorateurs) au Grand Palais de Paris.

1969 création de verres Daum - PAOLO SANTINI

1970

Exposition de sculptures en fonte d’aluminium au Centre de l’Aluminium français de Bruxelles.
Edition des verres en cristal soufflé « ondes » et « oasis » par la Cristallerie Daum.
Ouverture de boutiques TED LAPIDUS aux Etats-Unis.

1971 Jardin d'hiver du Moulin rouge reportage Match oct 1971 - PAOLO SANTINI

1971

EXPOSITION

Exposition de sculptures en mai au Jardin d’hiver du Moulin rouge avec la participation du Centre de l’Aluminium français.

1972

SALON

Participation au 1er Salon de mars « Sculptures métro Saint-Augustin »

1973

DESIGN

Création et présentation de l’escalier « Pétales » en fibre de verre à la SAD qui sera retenu comme un des ``best of`` des années 70.
Création d’un bureau de direction en fibre de verre avec sièges incorporés pour André Rousselet, PDG des Taxis G7, et aménagement de ses bureaux. Mise au point de prototypes divers.
Projet d’une villa sur pilotis à Fontenay-le-Comte pour le compte de S.K.F., en vue de loger son directeur.

1974

ENSEIGNEMENT

A la demande d’Henri Malvaux, directeur de l’Ecole Camondo, il accepte la charge d’enseignant au sein de l’école et prépare, avec Robert Dal Sasso, les élèves de 5ème année au diplôme de fin d’études. Il remplira cette fonction jusqu’en 1981.
Réalisation de diverses salles de conférences et restaurants à la Tour Montparnasse, aux tours Mercuriales de Bagnolet, etc.

1975

LE CRI

« Le Cri », importante exposition de sculptures et dessins au Jardin d’hiver du Moulin rouge.
Ouverture de boutiques TED LAPIDUS à Londres et Paris, etc. Aménagements divers, notamment pour Franck et Fils, à Paris 16ème.

1976

Achat sur plan d’un appartement à Cannes qu’il réaménagera entièrement. Restructuration et décoration du restaurant bar de l’Hôtel Martinez à Cannes.
Ouverture de la boutique TED LAPIDUS à Los Angeles, Beverly Hills.
Exposition de sculpture à la Maison de la Culture de Reims.

1977

EXPOSITIONS

Exposition de sculptures au Cercle d’Art français, rue Cadet, Paris 9e.
Participation au Salon de Mai à la Défense.

1977

ATELIER PAOLO SANTINI

Ouverture de la galerie ATELIER PAOLO SANTINI où il se propose de présenter l’ensemble de ses créations, comme au temps de la Renaissance italienne. Inauguration de la galerie avec les « Mendiants d’espoir », douze sculptures en fonte d’aluminium.

1979

Exposition « La Petite Fiac » concomitante avec celle de Michel Faublée, artiste peintre disposant aussi de sa propre galerie, rue Quincampoix, en réaction au refus émis par la FIAC de présenter les artistes s’exposant eux-mêmes.
Réalisations de tables-sculptures, de portes et poignées de portes, cendriers et bijoux.

1980-1982

Sculpture en fonte d’aluminium sur panneaux reliefs en béton pour la Préfecture de Toulon.
Exposition « Compte à rebours » : 4 sculptures monumentales en fonte d’aluminium.

1983

CAMPAGNE

Achat d’une ancienne ferme dans le sud de l’Aisne, en Champagne, à rénover et reconstruire en partie.
Remodelage et aménagement des magasins ROGER & GALLET, UNGARO, TED LAPIDUS rue du faubourg Saint-Honoré, de la boutique LING aux Champs-Elysées, etc..
Participation aux « Expositions d’arts contemporains » de Gisors.
Lancement d’images de marques, telles que Caroll, Franck et Fils boutique, Petit bateau, etc. Aménagement de bureaux divers.

1984-1988

Construction d’une villa aux Almadies, à Dakar (Sénégal).
Nouvelles sculptures en fonte d’aluminium
Stand Rhône Poulenc au F.I.T., porte de la Villette, Paris
Création de sièges en acier inox et cordons et de tables sur structure métallique.
Paolo Santini ouvre sa galerie à d’autres artistes et créateurs.
Exposition des sièges métal-lune, métal-totem et métal-quattro et de la table quattro-surface.
Retour au dessin et à la peinture.
Projet d’un immeuble dans le 14e arrondissement à destination d’ateliers d’artistes.
Restructuration et aménagement d’une villa au Vésinet, puis de l’entresol du Palais rose.

1990 Peinture sur novalam (91x91cm) - PAOLO SANTINI

1989-1990

PEINTURE

De plus en plus présent dans son ex-ferme de l’Aisne, il se libère peu à peu de ses obligations d’architecte d’intérieur et designer pour se consacrer presque exclusivement au dessin et à la peinture, loin du tourbillon parisien. La perte prématurée de deux amis proches, Serge Mouille en 1988 et Emiglio Tarpino en 1990 l’ont en effet profondément affecté. Et l’immersion dans une nature en friche, calme, paisible, fréquentée par une faune sauvage évoquant les fables de La Fontaine, le ravit et réconforte. Aucun voisin en vue. Du flanc d’une butte à côté de la maison surgit une source dont l’eau limpide coule à flots et se déverse dans les étangs où folâtrent les truites qu’il y a introduites.
Exposition de ses peintures rue Saint-Martin en 1990.

1991-1995

Aménagement des bureaux de PACHA TOURS à Paris.
Aménagement d’appartements divers.
Sculptures en bois et peintures sur novolam.

2000

Exposition des douze Mendiants d’espoir en l’église de Chartèves, dans le cadre des Journées du Patrimoine.

2003

Participation aux « Dix visions de l’espace », exposition de sculptures à l’Espace Jean Legendre à Compiègne

2005

ABRACADABRA

Réalisation de la sculpture en aluminium « Abracadabra », dont le mode d’accrochage des éléments, est identique à celui du sautoir-objet créé en 1978. Au lâcher sur le sol des éléments, ceux-ci se posent et s’imbriquent chaque fois autrement, de sorte que la sculpture obtenue se métamorphose.
Participation aux Salons « Sculptures en l’Isle » de 2004 et 2005 à Andrésy

2011

HOMME LIBRE

Exposition d’un «homme libre » en l’espace SILO U1 de Château-Thierry, regroupant sculptures, peintures et design.

Mars 2020

Paolo Santini s’éteint en mars 2020 et est inhumé au cimetière du Père Lachaise à Paris.